HELENA SINERVO
Poemes

Helena Sinervo


POÈMES

Traduction du finnois par Gabriel Rebourcet



L’AIGUILLE


La vie se consume à chercer, la cigarette se consume

et nulle trace ne reste à voir. Parfois pourtant

elle étincèle une fraction de seconde

en limpide incandescence : nébuleuse, mouvante me

dans des yeux inconnus. Est-ce là

ce que vous évitez, la neige qui s’abat depuis les chéneaux,

quand ensemble contournons le soleil ?

Tu dis que ses instants sont l’éternité,

moi l’amour, lui la solitude.

Dans un soupir quel’qu’un lâche encore le mot ‘beauté’

et regrette qu’elle soit restée invisible.

Dans une seule aiguille, toute la forêt.



SUR UN CHANTIER


Est-ce une maison pour vieux qui se construit ici ?

Je pose la question car à mon avis c’est une bonne chose

de n’avoir pas à déménager trop loin,

et vous semblez connaître les réponses

à toutes les questions, assis que vous êtes

un enfant  dans les bras à regarder travailler la grue.

Vite il se lève, et file, mais parle-t-il déjà ?

Mon fils s’asseyait toujours sur le sofa clair,

l’herbe poussait au bout de ses doigts, on l’entendait,

on ne pouvait pas regarder, et quand on regardait

la place était déjà vide.



LES PAYS LOINTAIN


Rien ne vaut le parfum d’une gare de triage.

Si je pouvais choisir, je resterais des jours assise

sur le bord de la voie, à renifler.

Saviez-vous que sur les voies de triage

il pousse des plantes rares,

des graines, toutes sortes d’akènes

roulent depuis la Sibérie, et plus loin ?

Les rails mènes dans toutes les directions,

et si j’avais le choix, je ne resterais pas ici

à laver des cristaux, mais j’irais m’asseoir

dans le parfum de goudron et de poussière

de roche, que rien ne vaut.

Et pensez donc : mon enfant est pareil !

Quand je pousse sa poussette vers le quai de la gare,

le premier papillon chevalier du printemps

ouvre ses ailes sur ses paupières

et il s’endort aussitôt.